Aujourd’hui, on a fait des photos, un film sans dialogue pour notre site Blast.fr, c’est étrange pour toi de jouer des scènes muettes contrairement aux rôles que tu joues au cinéma ?
La chose qui peut me gêner et qui m’a gênée pendant des années, c’est de n’avoir l’attention que sur toi, juste toi en tant que personne. Mais en même temps, ce n’est pas complètement toi, le décor et les vêtements font que ce n’est plus totalement toi… C’est étrange, on a l’impression de tourner un bout d’histoire.
Tu vas devoir apprendre l’accent du Midi alors ?
Mon personnage, Patricia, a été élevée à Paris. Je pense que je dois être la seule sur le film à ne pas l’avoir. On va tourner à Saint-Rémy. La maison est superbe.
Tu connaissais l’œuvre de Marcel Pagnol ?
J’adore ses œuvres. D’ailleurs la Fille du Puisatier, quand je suis rentrée en cours de théâtre, c’est une des premières scènes que j’ai joué. Pagnol décrit des relations tellement humaines, avec tellement d’amour. Pour moi, ce sont des textes qui ne sont pas traduisibles, c’est comme García Lorca, on perd beaucoup en français, la langue de Pagnol est vraiment un héritage. J’ai été voir au théâtre la correspondance entre Marcel Pagnol et Raimu et c’est fou parce qu’ils s’échangeaient des télégrammes, quelque chose qui n’existe plus. On ne peut plus s’écrire comme ça, avec l’âme, comme si on ne pouvait plus se parler au téléphone.
Et du coup tu as d’autres choses en préparation ?
J’ai tourné un film cet été en Espagne, un film espagnol, d’un jeune réalisateur qui s’appelle Daniel Benmayor. Je suis née là-bas, c’est un pan de ma vie. Je me sens tout autant Espagnole que Française. C’est un film d’action, une course poursuite dans les montagnes, un film d’époque qui se passe juste après la première défaite de Napoléon qui a eu lieu en Espagne et qui est basée sur la légende que cette débâcle est due à un garçon qui en tapant sur un tambour, avec l’écho de la montagne, a fait peur aux Français. Ces derniers ont pensé qu’il y avait une centaine de milliers de soldats qui arrivaient, et du coup, ils ont rendu les armes et se sont fait ridiculiser… Parce qu’il n’y avait juste personne. Les scénaristes se sont amusés à raconter ce qui s’est passé juste après. C’est un envoyé de Napoléon qui part avec quatre de ses hommes pour suivre ce garçon. Moi, je joue une catalane qui est la petite amie du héros. C’est un film qui tire un peu du côté de la BD, les personnages sont très dessinés, tout est tourné en décor naturel, dans les montagnes de Montserrat, à côté de Barcelone, un endroit incroyable.
Après Un barrage contre le Pacifique, c’est encore un autre film très nature. Tu as envie de choses plus contemporaines, urbaines ?
C’est vrai que je tourne peu de films dont l’espace temps est contemporain. Je lis peu de scénarios intéressants sur les 20-35 ans de notre époque. Mais j’enchaîne bientôt sur un film totalement différent, un teen movie très contemporain, avec trois personnages actuels, des jeunes gens modernes, une histoire de trio. Le film suit la relation d’une jeune femme et d’un jeune homme d’une petite vingtaine d’années, ensemble depuis l’âge de quinze ans, très heureux, très complices… Elle est bouleversée par l’arrivée d’un garçon très libre dans ses idées. Une relation à trois qui évolue comme un triangle qui s’inverse en permanence, en quête d’équilibre… Ils cherchent en quelque sorte leur propre modèle de vie amoureuse. Ce sera réalisé par Xavier Villaverde. En langue catalane et castillane, ce qui est le reflet de la ville de Barcelone aujourd’hui…
Crois-tu qu’une telle histoire d’amour soit possible dans la vraie vie ?
Tout est possible, à chacun d’écouter son cœur et son corps. La culture occidentale est très marquée par une “morale” bercée par les religions. En Espagne, c’est encore plus visible qu’en France. à partir du moment où tu présentes ton ami(e) à ta famille, c’est pour la vie… Et c’est souvent pour la vie… Et si ça ne l’est pas, c’est une catastrophe. Et à l’inverse, des couples se séparent dès que ça coince… parce que le couple est figé dans un modèle dès le départ, peu importe lequel. Ce qui me plaît dans ce scénario, c’est que malgré leur jeune âge, les personnages évoluent avec beaucoup de maturité, d’ouverture… Sans s’occuper de leur éducation respective. Ils s’accrochent. Il me plaît aussi parce qu’il ne prêche pas le modèle que choisissent ses personnages comme étant “le” modèle à suivre.
Comment parler de cette relation entre les deux garçons ?
C’est dur d’expliquer la relation des deux garçons en dehors du triangle qui se crée très vite dans le film. Elle est comme une amitié très forte dès le départ qui bascule dans une amitié-amoureuse-sexuelle. Sachant qu’un des deux n’a jamais connu d’homme et ne se sent pas du tout homosexuel et que l’autre aime les garçons et les filles de la même manière, sans se poser la question …
La confusion des sentiments…
On est en constante évolution… Les surprises, les erreurs, les rencontres (bonnes ou mauvaises) nous enrichissent et nous font évoluer. Elles bouleversent nos émotions, forcément. La vie serait d’un profond ennui si rien ne me perturbait !! Effectivement, dans ce métier rien n’est sûr jusqu’à ce que tout soit en boîte.
Tu vis à Paris en ce moment ?
Oui, je suis parisienne depuis six ans. Mais j’ai grandi entre la campagne avec ma mère, la République Dominicaine où je passais les étés chez mon père et Barcelone, ma ville natale. Je suis un mélange d’un peu tout ça. D’où mon côté garçon manqué qui troque ses jolis chapeaux pour des capuches les jours où ça me prend !
La mode t’intéresse ?
Ma mère a travaillé très longtemps chez Chanel, avenue Montaigne. J’ai des souvenirs d’enfance. J’allais à la boutique et je me retrouvais couverte de rouge à lèvres par toutes ses collègues. J’ai aussi une cousine qui a été rédactrice de mode pendant longtemps. Elle a maintenant une boutique de chaussures qui s’appelle “Horses”. J’ai eu un peu cette éducation et à la fois j’ai vécu énormément en pleine campagne, avec des animaux et des chevaux, habillée n’importe comment. Du coup, j’aime bien prendre mon temps quand j’ai l’occasion de m’habiller et de me faire plaisir. Sans en faire une obsession, je ne me prends pas la tête tous les matins pour savoir ce que je vais mettre. Au fond de moi, j’aime me sentir bien dans mes vêtements et être confortable.
Les actrices sont souvent sollicitées par la mode, pour qu’elles incarnent la marque en tant qu’égérie.
Oui c’est vrai, c’est intéressant, c’est un échange avec une marque. Je pense que je ne serais pas capable de le faire si je ne partageais pas les mêmes goûts, si je ne pouvais pas m’habiller dans cette marque-là. Il y a peu, j’ai fait une campagne pour French Connection.
Qui est-ce qui a shooté ?
C’est un couple de photographes qui s’appelle Blink. Ils sont franco-libanais et sont basés à Londres depuis très longtemps. On a tourné des spots un peu Nouvelle Vague avec un humour décalé anglais dans la voix off, c’est assez chouette, tu verras.
La pub va passer au cinéma, à la télé ?
Ça va passer au cinéma et à télé, à Londres. En France c’est moins connu, mis à part dans des corners des Galeries Lafayette ou au Printemps. Ce qui m’a plu dans cette pub, c’est qu’ils voulaient une vraie actrice, et ce n’est pas pour rien parce qu’il y avait vraiment du “jeu”. La pub est intéressante parce qu’elle tourne autour de “la femme”, avec ses émotions, ses états d’âme… Ce n’est pas qu’une silhouette.